De la peinture de Mel Ange comme une envoûtante dialectique des lieux.

Quand L'artiste Mel Ange a choisi le médium pictural comme moyen d'expression, il y a quelques années déjà, d'autres optaient pour la photographie qu'elle utilise comme croquis ou les nouvelles technologies qu'elle maîtrise aussi. C'est un choix audacieux qui s'explique tout au long de sa démarche où elle se trouve volontairement isolée dans des lieux désertés de toute présence humaine, comme première mise à distance. En effet ce n'est pas un hasard si elle travaille depuis plus d'un an dans un atelier situé dans une Friche culturelle…
  Mel Ange est un peintre secret, généreux, elle partage et fouille sans relâche notre mémoire collective avec la ténacité d'une archéologue du quotidien. Elle « cuisine » subtilement la matière, en superposant des voiles et des glacis de couleurs qui piègent une lumière fantomatique, dont les effets percutants nimbent aussi bien les voûtes d'un cloîtres, les pierres des cimetières qu'elle a parcouru, les abattoirs inoccupés ou les hangars dévastés. Toutes ces zones devenues désormais silencieuses l'artiste nous les re-présente à nouveau comme un paradoxe spatio-temporel, là devant nos yeux. Il est complexe d'évoquer la disparition et la notion d'apparition mais tout le travail du peintre est là, et ces deux notions sont indispensables pour faire fonctionner cette poïétique de la peinture de Mel Ange comme une envoûtante dialectique des lieux. L'empreinte construite par l'homme demeure indélébile et nous frappe, puis elle nous échappe dans les mises en abîmes des recadrages ou les coins et les recoins énigmatiques, quelques trouées de fenêtres sont renforcées par le parti pris des coloris diffus.
La trace d'une présence est là pourtant étouffante, même si on ne se trouve jamais dans un espace confiné. Mel Ange n'aime pas le minuscule, ses séries traitent toujours de l'opulence et des excès qui mènent au drame. Trop manger, trop construire, et après comment faire face aux excès,excès qui mènent au drame. Trop manger, trop construire, et après comment faire face aux excès, être devant une prise de conscience entre gène et oubli, et jouer du révélé/caché. Pour le regardeur son univers labyrinthique est un défi de plis de chair ou de cloisons dédaliennes qui fait appel à notre mémoire. Et notre regard, en se délectant, se glisse, se hisse à la surface du tableau pour mériter une réponse que chacun retrouve enfin dans la proposition subtile d'une palette des couleurs du souvenir.


Moleskine Dupré O'Mooles- Février 2015. Editions du Chien Qui fume.
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